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GL&SSA N°88-179 - Juillet/Août 2019 GL&SSA N°88-179 - Juillet/Août 2019 reportage Naviclean et Kerboat Services 28 29 Pour les bateaux, rouleaux et huile de coude ! Autos, carrosseries et habitacles mais aussi bateaux, coques et cabines, tous sont à laver régulièrement. Autant pour un minimum de confort, que pour une maintenance en état ! Vous savez déjà comment l'on procède pour les voitures, mais pour les bateaux... Certes le marché est moindre que pour l'auto. Certes le métier est plus jeune. Pour autant, quelques entrepreneurs se sont déjà positionnés sur le marché du lavage de bateaux. Dans les régions littorales, la demande est bien là. Extérieur comme intérieur : à l'image des autos, les bateaux ont besoin d'être nettoyés entièrement. Pour ces derniers, les particuliers le font encore très souvent par eux-mêmes. Pourtant des acteurs professionnels se sont positionnés dans ce secteur du nautisme. Exemple avec les sociétés Naviclean et Kerboat Services... Naviclean Quand rouleaux et bateaux riment... Olivier Pinon avait fait le tour de son métier. Reconversion donc, et vers le nautisme qui l'enthousiasme. Une idée lui vient en pleine nuit : pourquoi pas le lavage, comme pour les voitures ? Ni une, ni deux, il planche : un portique comme dans les centres de lavage auto ? L'idée est séduisante mais s'avère irréalisable : les bateaux ont des contours trop variés et l'efficience de capteurs dans l'environnement marin est assez peu probable. Pourquoi alors ne pas se focaliser sur ce qui se salit le plus dans un bateau, c'est-à-dire la carène ou coque ? Solution technique Sur internet, Olivier découvre que, oui, les rouleaux peuvent être une solution pour cette partie immergée des bateaux, et qu'elle peut même être associée à un lavage haute pression pour le pont du bateau. Elle lui paraît aussi être assez écologique : elle se présente comme une alternative à la pose d'antifouling, cette peinture qui empêche algues et coquillages de s'accrocher aux coques, mais qui est aussi réputée néfaste pour l'environnement marin. Bref, l'idée lui plait et il se met à la recherche des fabricants de cette machine à rouleaux. Deux fournisseurs existent en Europe, et sont implantés dans les pays nordiques. Ils proposent deux systèmes différents, un peu comme dans le domaine du lavage auto, il y a le portique et le tunnel : dans le premier principe, les rouleaux bougent sous le bateau qui reste immobile ; dans le second, les rouleaux sont fixes et c'est le bateau qui se meut dessus. Olivier s'intéresse de plus près à cette dernière solution : plus facile à installer, nécessitant moins d'emprise spatiale, et, au final, moins onéreuse. Brosses et bassin Avec la machine qu'il choisit, les rouleaux se placent en « V » autour de la quille. Elle est équipée de brosses larges de 3,30 m. Faites, non pas de textile doux comme dans le lavage auto, mais de tiges longues et fines de plastique dur, similaires aux « poils » des balais pour les rues, elles permettent de laver fermement les coques. Ce qui en est décroché (mécaniquement uniquement car aucun produit n'est utilisé) tombe dans un vaste bassin de récupération, avant d'être régulièrement aspiré hors de l'eau. Cette précaution quant à la récupération des déchets n'est pas non plus inconnue dans le secteur du lavage auto... Première implantation... Le port de Locmiquélic, en face de celui de Lorient, dans le Morbihan, répond favorablement au projet d'Olivier. En mars 2018, la première station de Naviclean prend place à l'entrée même du port. Emplacement qui, comme dans le domaine du lavage auto, est déterminant ! Les travaux ont été assez limités : des pare battages à positionner au ponton d'accueil, l'ancrage de la machine sur le ponton flottant, le branchement en triphasé et l'accès à l'eau douce. Aucun travaux de génie civil ici ! En mai 2018, Olivier accueille son premier client mais, en réalité, la saison de carénage est déjà passée. Il faut dire que la réglementation sur l'eau et sur l'écologie lui ont donné du fil à retordre et ont retardé d'autant sa date d'ouverture. Olivier retrousse donc ses manches et va au-devant de ses clients, ponton après ponton, flyers en main et arguments en bandoulière. Fin de saison 2018, il atteint ainsi la centaine de clients. Se faire connaître et convaincre Quelque 95 % de sa clientèle annonce être prête à racheter cette prestation de lavage par rouleaux. Un chiffre encourageant... Dans l'ordre d'arrivée des atouts de cette prestation aux yeux de la clientèle : la rapidité du lavage, la flexibilité horaire, le coût raisonnable, l'accueil professionnel. L'aspect écologique est cité aussi, mais plus loin. Et puis, la nouveauté aussi attire certainement les clients : ils ne la citent pas, mais sont ravis de partager photos et vidéos de leur lavage ! Des attraits qui, pour certains, sont aussi d'actualité dans le lavage auto. En 2018, Olivier estime avoir travaillé à sa visibilité : prise de contact avec les associations de plaisanciers, les ports, achat de publicité dans les journaux locaux. En 2019, il compte accueillir le double de clients au moins, pour pérenniser sa station de lavage et s'inscrire dans le paysage nautique. Kerboat Services Aux petits soins des bateaux Kerboat Services a été lancé en février 2015. En avril 2019, la société dénombre neuf entités, une agence principale, à Lorient dans le Morbihan, et huit licences en Méditerranée, dans la Manche et en Atlantique. Et la marque compte environ 20 personnes qui travaillent pour elle actuellement. Un bateau nickel ! C'est un mardi venteux du mois d'avril. Au port de Locmiquélic, juste en face de Lorient. Pas âme qui vive... Ou presque, car l'équipe de Kerboat Services vient d'arriver, et se met aussitôt au travail. De leur fourgonnette, les trois opérateurs sortent le matériel nécessaire au nettoyage, et l'emmène jusqu'au catamaran, de 14 mètres tout de même, à laver... A « récurer » même pourrait-on dire, car le bateau n'a pas navigué depuis deux ans, suite à une avarie et des travaux. Le propriétaire a déboursé environ 1 000 ? pour pouvoir naviguer dans un environnement des plus propres ! Des opérateurs spécialisés « Comme je ne veux pas que les opérateurs oublient quelque chose ou perdent le fil du nettoyage, je préfère que le lavage ne s'étale pas sur trop de jours », précise Sébastien David, le fondateur et dirigeant de Kerboat Services. « Je peux mettre d'une à six personnes sur une prestation ». Quant à leur recrutement, le dirigeant de la société est clair : le plus important est d'avoir une appétence pour la chose nautique. Être méticuleux, avoir le goût du propre, de l'organisation et de l'effort, s'avèrent aussi nécessaire à ses yeux. La formation des nouvelles recrues se fait sur le tas : les premiers lavages se font en équipe avec un ancien qui guide et surveille la qualité du lavage. Et c'est cette formation d'ailleurs, sur la technique de lavage que viennent chercher les membres du réseau. Un attrait qui se retrouve dans certains réseaux de lavage auto ! Au travail ! Pour ce catamaran, ils sont trois opérateurs : Anne-Françoise, Victor et Arnaud. Ils se branchent, pour l'eau et l'électricité, sur la borne du ponton ; ils embarquent leur matériel à bord, en le répartissant selon qu'il va servir pour l'extérieur ou pour l'intérieur. Les deux premiers professionnels pénètrent à l'intérieur, tandis que le dernier se positionne sur le pont. Et bien sûr, comme pour les voitures, les ouvertures sont bien fermées pour éviter toute inondation ! Sur le pont... En extérieur, Arnaud débute par le teck, le bois dont est recouvert certaines parties du bateau. Première opération : le « dégrisage », qui vise à redonner au bois son éclat et sa teinte originelle. Ensuite, Arnaud passe au reste de la surface extérieure en plastique. Il peut utiliser du produit anti-rouille et du déjaunissant pour les tâches résistantes. Puis c'est le shampoing et le rinçage, comme pour les voitures. Et comme pour elles encore, le tout est également fait en suivant un cheminement précis : du haut vers le bas et de l'avant vers l'arrière. Et ce, pour ménager un écoulement logique qui ne salisse pas ce qui vient d'être nettoyé ! L'eau... à haute pression ? « Le lavage sans eau, pour les voitures, oui, peut-être que cela peut fonctionner, mais pas pour les bateaux », affirme Sébastien qui ne croit pas non plus à l'extrême inverse, la haute pression. « Je pense qu'avec une lance en main, on a moins les yeux sur la salissure, on la voit depuis plus loin ». A cela, l'entrepreneur ajoute que trop de pression peut aussi abîmer les joints sur le teck. Les chromes sont traités en dernier, et Arnaud veille à ne pas laisser de traces de doigts ou de gouttes d'eau. Si vitres il y a, elles peuvent recevoir une pellicule de cire pour plus de brillance. Des finitions qui rappellent celles proposées aussi dans le domaine du lavage auto... Dans la cabine... Pendant ce temps, à l'intérieur, l'odeur de propre monte des cales ! Et il ne s'agit pas des effluves d'un quelconque parfumeur, insiste le dirigeant. « On n'utilise pas ce genre de chose : l'odeur de nos produits suffit, et je crains toujours qu'une odeur supplémentaire fasse plus cache-misère qu'autre chose pour le client ». Anne-Françoise et Victor se sont attaqués aux sanitaires logés dans chacune des coques. Parmi les opérations importantes aussi à mener : le traitement des textiles, l'alcantara par exemple, cette espèce de velours qui couvre parfois les plafonds. Autant d'opérations qui nécessitent l'usage sans modération d'huile de coude ! Les opérateurs ont cependant des produits à leur disposition : de classiques produits ménagers, mais aussi des spécifiques à l'univers nautique. Plusieurs d'entre eux sont fournis par un producteur breton nommé Greenplaisance. « Ils sont éco-conçus puisque créés avec des éléments naturels écologiques », explique Sébastien qui tient à ce côté « vert ». Et côté matériel ? « Nettoyer sans altérer », c'est, chez Kerboat Services, une sorte de devise. Devise que l'on peut retrouver dans le secteur auto, notamment à propos des micro-rayures... Bref, si la promesse est reprise pour les produits lavants qui doivent, selon Sébastien, être non dangereux en général, elle est aussi valable concernant les outils utilisés... Pour exemple pour les bateaux, les deux tampons, plus ou moins abrasifs, utilisés pour le traitement du teck : « des brosses trop dures risqueraient de creuser le bois », explique Sébastien. Pour le plastique extérieur, par contre, c'est brosses dures pour le sol et plus souples pour les vitres. Sont aussi utilisées des éponges magiques blanches qui gomment les tâches, et aussi des seaux et des aspirateurs eau et poussière. De solides gants, des habits pratiques et qui peuvent être salis, et une combinaison étanche pour l'opérateur qui s'occupe de l'extérieur... composent la panoplie du parfait opérateur ! A chacun son périmètre Kerboat Services assure sa prestation lavage à quai ou à terre, dans les chantiers navals ou des zones de manutention des bateaux... Bref, là où eau et électricité sont disponibles. « C'est un métier à part entière », défend Sébastien. Une vision des choses que l'on retrouve dans le secteur du lavage auto. Thème commun également : celui des services supplémentaires proposés à la clientèle. Sébastien a pour l'heure décidé de ne pas développer de prestations telles que polish, raccord de peinture, évacuation de résidus d'huile ou d'hydrocarbures... bref de rénovation ou de petites réparations. Ce sont les chantiers navals qui traditionnellement les assurent... Et eux sont aussi des clients, professionnels pour le coup, de Kerboat Services : inutile donc de marcher sur leurs plates-bandes. Sébastien a cependant développé le lavage des voiles et tauds. Il propose aussi un service de conciergerie nautique. Des particuliers, pour clients... Le panel est simple : il y a ceux qui veulent revendre leur bateau et donc le faire beau avant ; il y a aussi ceux qui le mettent au propre avant de le louer pour la saison ; il y a également ceux qui n'ont tout simplement pas envie de faire le ménage eux-mêmes en milieu de saison ; il y a encore ceux qui désirent qu'il soit bien propre avant leur période d'hivernation ; il y a enfin ceux qui réceptionnent leur bateau après des travaux. Et ce bateau peut être un voilier, un semi rigide ou un bateau à moteur. ... mais aussi des clients pros ! Ceux-là font penser au secteur du lavage auto. Kerboat Services travaille effectivement pour des chantiers navals (similaires aux garages) et pour des concessionnaires pour préparer leur VO et véhicules neufs à la (re)vente. Pour des loueurs également. Et encore pour des participants à des évènements nautiques hexagonaux et étrangers tels que des salons nautiques. Comme types de bateaux professionnels, Kerboat Services a déjà pris en charge des unités de type navire à passager, chalutier, vedette militaire, patrouilleur, remorqueur... Et ce, concernant des navires neufs, d'occasions, et au cours d'escale pour changement d'équipage. MARIE MARTIN Crédits photos : Martin et Naviclean Il existe deux systèmes d'installation de lavage : les rouleaux mobiles ou bien fixes. Olivier Pinon a opté pour cette seconde version. Dans ce cas, c'est le bateau qui se meut. Les rouleaux sont faits de tiges longues et fines en plastique dur. Ainsi, cela permet un lavage ferme des coques. UN BATEAU SUR DES ROULEAUX... Pour ce qui est du paiement, Olivier a opté pour le système de compte client numérique : il est chargé d'un montant, puis est débité à chaque passage sur les rouleaux. Il peut être abondé par internet ou en direct sur la station, via Olivier toujours présent, puisqu'il n'est, là, pas question de self-service.La tarification va de 20 et 104 ? le lavage. Mode d'emploi Ce lavage est proposé aux voiliers et bateaux à moteur jusqu'à 12,40 mètres de longueur de coque, 3,90 mètres de largeur et 2 mètres de tirant d'eau (hauteur de la partie immergée). Un créneau horaire, entre 9h et 18h, doit être réservé sur internet, ou en direct auprès d'Olivier. Au moment opportun, le client se présente à la station. Olivier confirme son passage aux rouleaux sur le listing des clients du jour, et c'est parti ! La machine en action ! Une fois le bateau bien positionné devant les rouleaux, le capitaine met le point mort ou éteint son moteur. Olivier tracte le bateau avec un treuil positionné à la sortie des rouleaux pour amener le bateau sur ceux-ci. Olivier cale bien le bateau sur la machine et le sécurise. Le client peut rester sur son bateau comme en descendre. Une vraie différence avec le portique auto... Le lavage est lancé : l'opération dure environ trente minutes. Le lavage du pont Pendant cette attente, le client peut, moyennant 10 ?, utiliser durant dix minutes un jet haute pression pour nettoyer le pont de son bateau. Olivier propose aussi une prestation assurée par lui-même, du lavage du pont. Elle est effectuée hors temps de lavage avec les rouleaux, car Olivier doit rester devant son pupitre de commande pendant tout le lavage automatique, pour contrôler que tout se déroule bien. Il facture ce lavage du pont 5? le mètre s'il s'agit d'un lavage léger/rinçage, et 8? le mètre pour le lavage en profondeur (décrassage). Cette prestation ne nécessitant pas la présence du client, ce dernier peut vaquer à loisir... un peu comme dans les centres de lavage à la main implantés dans les zones commerciales. Côté services annexes... A l'instar de certains centres de lavage auto, Olivier offre d'autres services que le lavage seul. Plongeur également, il propose à ses clients d'inspecter de visu la carène, d'en décrocher les grappes de moules qui peuvent être restées accrochées à la coque, de changer les anodes anti-électrolyse... Et Olivier a d'autres idées, mais, pour l'heure, préfère se focaliser sur son cœur de métier et ses premiers services. Auto = bateau ? A la question de la similitude entre le lavage d'une voiture et celui d'un bateau, Olivier répond clairement : pour ce qui est d'être pratique, rapide, flexible dans les horaires, et influencé par la météo, ces deux lavages se ressemblent. Mais côté « débouchés », le gérant de Naviclean estime que le réservoir de clients est beaucoup plus grand dans le bateau que dans l'auto. La raison : l'activité ne peut qu'augmenter puisqu'elle en est à ses tout débuts ! « Nettoyer sans altérer », c'est, chez Kerboat Services, une sorte de devise. Sébastien David, fondateur et dirigeant de Kerboat Services. « La bonne surprise, confie Sébastien, a été que j'ai rencontré ma clientèle plus rapidement que je ne l'espérais ! Il y avait une vraie demande... » Victor, un des opérateurs, procède au déchargement du matériel. Suivent ensuite les branchements de l'eau et de l'électricité sur la borne du ponton. Au programme, dégrisage, shampoing et rinçage. L'antirouille et du déjaunissant sont utilisés pour nettoyer les surfaces en plastique. Après les opérations de lavage et dégrisage, le pont en teck retrouve éclat et teinte originelle. GL&SSA N°88-179 - Juillet/Août 2019 De gauche à droite : Arnaud, Victor et Anne-Françoise. Le nettoyage se fait avec des produits ménagers classiques, mais aussi spécifiques à l'univers nautique, fournis entre autres par un producteur breton nommé Greenplaisance. Ils sont composés d'éléments naturels écologiques, précise Sébastien David.