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GL&SSA N°91-182 - Janvier/Février 2020 GL&SSA N°91-182 - Janvier/Février 2020 enquête Grande-Bretagne 16 17 Ça chauffe pour le lavage à la main ! Outre-Manche, les petits centres de lavage à la main ont détrôné les stations de lavage classiques du fait d'une implantation rapide et d'une main-d'œuvre bon marché... Une situation que l'industrie britannique du lavage tente d'inverser. On estime entre 10 000 et 20 000 le nombre de centres de lavage à la main au Royaume-Uni qui s'apprête à quitter l'Union européenne le 31 janvier... Un chiffre estimatif - il pourrait en effet y en avoir davantage - mais proche de la réalité. Ils profitent d'une main-d'œuvre bon marché, notamment... Un rapport de la Chambre des Communes à Londres (l'équivalent de notre Assemblée Nationale en France) a enquêté, car la situation devient anarchique. Selon le document de 42 pages de la mission du comité environnemental de la Chambre, les centres de lavage à la main ont pu s'implanter rapidement souvent sur le bord des routes et ce sans que personne ne s'interroge... Au cours des 15 dernières années, le rapport pointe le fait qu'ils ont aussi profité de la fermeture d'anciennes stations-service et rapidement utilisé le terrain pour le reconvertir en centre de lavage. Parfois, en toute légalité, parfois pas nécessairement. Ainsi, avec le temps, l'explosion des petits centres de lavage a entraîné la suppression de nombreux sites équipés de portiques et autres équipements (haute pression...), « dans plusieurs stations-service et centres de lavage une estimation de 1 100 portiques ont disparu sur 10 ans, et ce jusqu'en 2016 » peut-on lire page 5 du rapport. Machine à cash et main-d'œuvre non déclarée Autre énorme problème pour l'industrie et la classe politique, ces centres de lavage à la main ont créé une économie parallèle, certes, mais pas un sou a été réinvesti ou versé à l'Etat (TVA par exemple). Une chose est sûre : selon l'Association des Détaillants de Carburant, le lavage main représente désormais 80 % du volume de l'activité totale du lavage en Grande-Bretagne. Des « hommes d'affaires » amateurs se sont malheureusement lancés dans le business et ont tout fait capoter, en quelque sorte, car les clients n'avaient pas vraiment à se plaindre : environ 6 euros pour un lavage complet et séchage (équivalent de 5 livres), soit vingt petites mains travaillant sans relâche pour rendre une carrosserie comme neuve... jour et nuit. Les auteurs du rapport (16 députés des partis travailliste, conservateur et vert) ont carrément dénoncé une forme de « concurrence déloyale ». Il était temps de réagir ! De gros titres à la une Plusieurs centres de lavage à la main ont recours à une main-d'œuvre composée de migrants fraîchement débarqués et qui ne demandent qu'à gagner leur vie. Seulement, récemment, les grands journaux britanniques (The Guardian, The Daily Mail pour n'en citer que quelques-uns...) ont fait leur « Une » sur ce qu'ils ont considéré être un scandale : le « Car wash slavery » (esclavage dans le car-wash), ce qui a jeté de l'huile sur le feu... En raison du nombre élevé de gérants qui payaient leurs ouvriers avec des salaires de misère et les faisaient travailler dans des conditions aussi exécrables que dans les pays en voie de développement (il y a eu même un mort par électrocution), cela a valu à l'industrie du lavage britannique des attaques en règle et répétées du ministère de l'Immigration. La police a procédé à de nombreuses arrestations. On ne badine pas avec la loi au pays de sa Majesté ! Pollution par l'eau Les conséquences ne sont pas seulement sociales, mais aussi environnementales : « Alors qu'un centre normalement constitué déverse ses eaux usées via des cuves de rétention et de filtration, les centres de lavage sauvages laissent couler leurs eaux souvent contaminées dans les ruisseaux et rivières ». Parmi les produits toxiques ont été relevés des acides, huiles et phosphates dommageables pour les cours d'eau et causant la prolifération d'algues. La Grande-Bretagne a adopté un plan environnemental sur 25 ans visant justement à éliminer les sources de pollution y compris agricoles... Retour dans le droit chemin Pour corriger la situation, le rapport recommande que les centres de lavage à la main obtiennent une licence. Cependant, ils seront obligés de se conformer à de nombreuses règles : « Pour obtenir le ??WashMark Accréditation'' (ou label), un propriétaire devra être assuré, maîtriser la gestion complète de l'activité (gestion des eaux usées, manipulation des produits chimiques), etc. ». Le gouvernement est fortement « encouragé » à mettre en place un plan de lavage auto (le Car Wash Scheme selon le rapport). Ensuite, il est urgent d'informer les automobilistes et propriétaires de véhicules que les centres de lavage à la main au sein des supermarchés et centres commerciaux respectent la loi. Parmi les dix recommandations, cinq concernent la lutte contre la pollution et les cinq autres l'emploi. Bref, des demandes qui peuvent paraître banales de ce côté-ci de la Manche, mais qui ont un sens, puisque sans elles, le lavage auto allait tout simplement devenir incontrôlable, y compris au niveau des tarifs pour les clients. Les centres de lavages menaient en effet une guerre des prix pour attirer le plus de clients, en faisant un peu n'importe quoi... « Vivement le retour des portiques » lancent les clients qui souhaitent désormais une industrie encadrée et régulée. FRANÇOIS GILBERT LES BONNES PRATIQUES GRÂCE AU TRAVAIL DU CWAS En Grande-Bretagne, le Conseil Consultatif de Lavage de Voitures (CWAS) veille à ce que les gérants adoptent les bonnes pratiques et offrent un lavage de qualité... L'Association de car-wash, qui a vu le jour en 2007, a désormais pour nom CWAS qui signifie Conseil Consultatif de lavage de voitures (ou Car-Wash Advisory Service). Objectif : promouvoir l'industrie du lavage et adopter de bonnes pratiques. Par exemple, le CWAS est en faveur de l'adoption d'une licence. Selon le Conseil, plus de 26 900 centres de lavage à la main et de services aux automobilistes existent en Grande-Bretagne « mais tous ne respectent pas les lois » avertit le CWAS. Pour qu'une relation de confiance s'installe entre les propriétaires et leurs clients, le CWAS fait la promo du label WashMark. Sur son site (www. carwashadvisoryservice.co.uk), on trouve la liste des centres qui ont obtenu ou non le label. UNE APPLICATION BAPTISÉE « LAVER EN TOUTE SÉCURITÉ » Aussi incroyable que cela puisse paraître, l'Association des Détaillants de Carburant (le Petrol Retailers Association) et le Conseil consultatif de lavage de voitures ont salué l'arrivée d'une appli visant davantage à rassurer la clientèle. Avec l'appli « Safe Car Wash », on incite les clients à localiser le centre de lavage et à l'évaluer par rapport à des critères de sécurité (les ouvriers portent-ils des tenues appropriées par exemple ?). On indique le coût de son lavage à partir d'un curseur. Si le client a un doute il peut aussitôt avoir au bout du fil un conseiller d'une agence gouvernementale qui pourrait lancer une enquête. Une appli qui peut s'avérer utile, mais qui incite à la dénonciation plutôt qu'à donner son avis et à noter le centre de lavage comme c'est le cas pour certaines applis lavage chez nous. Cette pub vante le « car spa » ou le lavage à la vapeur... Avec une garantie que 99 % des bactéries seront éliminées ! Merci docteur. L'EXEMPLE DE « LUV YOUR CAR » Le scandale des centres de lavage à main a fait fuir les clients, mais de l'avis de Rick Plowman, fondateur et patron de « Luv Your Car », il suffit d'être innovant... Le lavage à la main classique ? « C'est du passé, il faut aller de l'avant avec le lavage vapeur » lancent des gérants britanniques. Pour ceux ayant du métier, l'objectif maintenant est de redorer l'image du lavage à la main, mais pour y arriver, repeindre ses pancartes ou offrir un costume sur-mesure à ses employés aux couleurs du centre de lavage ne suffit pas. « Il faut adapter de nouvelles techniques et former nos salariés, et pour faire simple, être les meilleurs du monde » dixit Rick Plowman, fondateur et patron de « Luv Your Car » sur Canvey Island, à l'est de la capitale britannique et selon notre confrère auto « Autocar ». Le centre de lavage est visible depuis le grand parking du centre commercial local. On y trouve des bureaux avec une pièce pour accueillir les clients et une salle de repos pour les laveurs. Les clients bénéficient du wifi. S'ils le désirent, ils peuvent faire du shopping et dès que leur véhicule est prêt, l'entreprise leur envoi un texto. Pas de secret miracle dans le process de nettoyage : cela s'apparente au pressing, mais en plus puissant provenant d'une machine adaptée. Celle-ci, classique, est cachée derrière une bannière bleue aux couleurs de la station. La vapeur est directement projetée sur tout le véhicule et même à l'intérieur ou encore sous le capot. « L'avantage de la vapeur, c'est que l'on n'utilise que 2 l d'eau et l'opération complète ne dure que 3 à 4 minutes » explique Rick Plowman. « Il n'y a absolument aucun produit chimique » promet le gérant, qui a adopté depuis très longtemps les chiffons microfibre en lieu et place de la peau de chamois pour terminer le travail... Pour atteindre les pavillons des véhicules trop hauts (comme sur les grands Suv, minibus ou utilitaires), les employés de « Luv Your Car » sont équipés de plateformes comme dans certains centres de lavage haute pression pour laver des campings cars. Tous les tapis sont par ailleurs accrochés sur un rack pour être passés ensuite à la vapeur. « La vapeur est bien plus simple que le jet d'eau, la vapeur adoucie, le jet d'eau a tendance à ??soulever'' la saleté » conclut le gérant. Le lavage vapeur (ci-dessous Luv Your Car) est une « révolution », selon les professionnels qui y ont recours : « Il s'apparente à un véritable nettoyage du visage en profondeur. » Jamais vu dans d'autres pays européens, pour la première fois, le lavage main a détrôné les portiques et les centres HP en Angleterre. Certains clients souhaitent maintenant leur retour. Crédits photos : X D.R.